Le chevalier Arthur et le dragon qui gardait le printemps
Une cloche silencieuse, un dragon enrhumé et un œuf à protéger : Arthur part réveiller le printemps.
Racontée par DavidNarration synthétique AluneoLes épisodes
6–8 ansChevalier Arthur
Il était une fois…Lire l’histoire
Au château de Clairval, le printemps commençait toujours de la même manière. Les hirondelles revenaient sous les toits, les jonquilles s’ouvraient près du pont et le vieux pommier de la cour se couvrait de fleurs blanches.
Mais cette année-là, rien ne se passa comme prévu.
Le pommier resta nu. Les jonquilles gardèrent leurs pétales serrés. Dans les jardins, les jardiniers attendaient avec leurs paniers de graines.
Même les hirondelles semblaient hésiter. Elles faisaient un tour au-dessus du château, puis repartaient se poser sur les cheminées pour se réchauffer les pattes.
Le chevalier Arthur observa le ciel depuis les remparts.
Il portait une petite armure bien entretenue et une cape bleue que sa grand-mère avait cousue. Son cheval, Biscotte, avait une robe couleur de miel et une grande passion pour les pommes.
Arthur aimait les aventures, surtout lorsqu’elles permettaient de réparer quelque chose.
Il se rendit donc à la bibliothèque du château.
Après avoir consulté trois atlas, deux calendriers et un ouvrage sur les chenilles, il trouva un livre intitulé Les secrets des saisons.
Une page montrait une cloche verte suspendue dans une tour, au sommet de la montagne des Amandiers.
Chaque année, expliquait le livre, cette cloche sonnait pour annoncer aux graines, aux arbres et aux fleurs que le printemps pouvait commencer.
Or personne ne l’avait entendue.
Arthur prépara un sac avec du pain, du fromage, une couverture et quatre pommes pour Biscotte. Puis il prit la route de la montagne.
Le chemin traversait une forêt encore silencieuse.
Sous les branches, Arthur remarqua des bourgeons gonflés qui n’osaient pas s’ouvrir. Près d’un ruisseau, une grenouille attendait sur une pierre, emmitouflée dans une feuille sèche.
Plus Arthur avançait, plus l’air devenait froid.
À midi, il atteignit un pont de bois. Une planche manquait au milieu et l’eau coulait rapidement en dessous.
Biscotte s’arrêta.
Arthur aurait pu chercher un autre passage, mais il aperçut sur l’autre rive une famille de lapins qui attendait elle aussi pour traverser.
Il descendit de cheval, trouva une branche solide et la glissa dans l’espace vide. Avec une corde, il la fixa aux planches voisines.
Il vérifia le tout du pied avant de faire passer Biscotte.
Les lapins traversèrent derrière eux en petits bonds pressés.
Un peu plus loin, Arthur découvrit de grandes traces rondes dans la terre.
Puis une écaille verte.
Puis une deuxième.
En levant les yeux, il aperçut enfin la tour du printemps.
Un dragon dormait devant la porte.
Il était immense, avec des ailes couleur de mousse et une queue qui faisait presque le tour du bâtiment. Mais il avait aussi un nez rouge et, sous une aile, un petit paquet enveloppé de feuilles.
Arthur s’approcha prudemment.
Le dragon ouvrit un œil.
Puis il éternua.
Un souffle glacé passa dans les herbes et transforma une flaque en miroir de glace.
Arthur comprit pourquoi le printemps n’arrivait pas jusqu’au château.
Le dragon avait froid.
Il ne gardait pas la tour pour empêcher les autres d’entrer. Il s’était installé là pour protéger le petit paquet caché sous son aile.
Dans les feuilles reposait un œuf vert tacheté d’or.
La chaleur du soleil aurait dû permettre au petit dragon d’éclore. Mais, cette année, les dernières pluies avaient trempé le nid. Le père dragon s’était enrhumé et, chaque fois qu’il essayait de réchauffer l’œuf, son souffle refroidissait tout autour de lui.
Sa queue bloquait la porte. Il n’osait plus bouger de peur d’abîmer le nid.
Arthur rangea son épée dans son fourreau et s’assit sur une pierre.
Il observa la tour, le dragon et le ciel.
Puis il eut une idée.
Il fallait construire un abri bien sec avant de pouvoir sonner la cloche.
Arthur commença par ramasser des branches. Il en trouva de longues, de courtes, de droites et de tordues. Biscotte transporta les plus grosses sur son dos.
Mais les branches seules ne suffisaient pas. Le vent passait entre elles.
Arthur sortit sa couverture et l’étendit par-dessus. Il utilisa sa cape pour fermer le côté tourné vers la montagne.
L’abri était prêt.
Le dragon souleva doucement l’œuf entre ses griffes et le posa sur un lit d’herbes sèches.
Alors un craquement retentit.
Arthur se figea.
Ce n’était pas l’œuf.
L’une des branches du toit venait de céder sous une rafale.
La couverture s’affaissa, et le dragon poussa un gémissement si profond que quelques cailloux roulèrent sur le sentier.
Arthur examina la branche cassée. Il s’était dépêché et l’avait choisie trop fine.
Il recommença, cette fois avec deux branches plus épaisses, croisées au sommet. Il ajouta des pierres autour de l’abri et serra chaque nœud avec soin.
Le toit tint bon.
Le dragon put enfin dérouler sa queue.
Arthur entra dans la tour.
À l’intérieur montait un escalier étroit couvert de poussière. Il grimpa longtemps avant d’atteindre la cloche verte.
La corde était emmêlée autour d’une poutre.
Arthur tira une première fois.
Rien ne bougea.
Il tira plus fort.
Un peu de poussière lui tomba sur le nez.
Alors il s’arrêta, observa les nœuds et se souvint de la branche cassée. Se dépêcher ne l’aiderait pas.
Il approcha un tabouret, dégagea la corde boucle après boucle et redescendit.
Cette fois, lorsqu’il tira, la cloche sonna.
Une note claire roula sur la montagne.
Dans la vallée, les bourgeons frémirent. Les jonquilles s’ouvrirent. Le pommier du château se couvrit de fleurs.
Autour de la tour, une herbe tendre poussa entre les pierres.
Le soleil réchauffa l’abri.
Le dragon inspira profondément et éternua une dernière fois.
Il en sortit une minuscule fumée tiède.
Puis un autre craquement se fit entendre.
Cette fois, c’était bien l’œuf.
Une petite corne apparut, suivie d’un museau et de deux yeux brillants.
Le bébé dragon sortit de sa coquille et s’enroula dans la cape bleue d’Arthur.
Le chevalier resta jusqu’au soir pour aider à préparer un vrai nid.
Lorsqu’il repartit, le père dragon lui rendit sa cape. Une petite écaille dorée était restée accrochée au tissu.
Arthur la conserva dans sa poche.
Sur le chemin du retour, les lapins traversaient le pont réparé, les oiseaux chantaient et Biscotte s’arrêta pour croquer une pomme.
Au château, les premières fleurs du pommier tombèrent sur l’armure d’Arthur comme une pluie de petits confettis.




